A quand une presse vin 100% digitale ?

15 décembre 2010

in Tendances numériques

A l’heure où la presse papier se porte moyennement, se pose la question du rôle d’une presse généraliste ou spécialisée 100% digitale. En octobre 2010, le Syndicat national de la presse indépendante d’information en ligne ou SPIIL organisait sa première rencontre précisément sur ce thème.

De là ma réflexion sur la presse vin en ligne. Nous connaissons tous L’Amateur de Bordeaux, La Revue du Vin de France, Terre de Vins et autre Cuisine et Vins de France. Les professionnels s’informent auprès de Réussir la Vigne, Vigne et autres supports. Certains titres ont une présence en ligne forte tandis que d’autres sont absents ou plus timides.

Les principales tendances montrent malgré tout une évolution nette en faveur d’une présence en ligne renforcée. Alors que la RVF s’était refusée à toute présence en ligne pendant longtemps, elle a ouvert, il y a environ 18 mois, un site dont le contenu le plus intéressant pour le lecteur, les notes de dégustation, est payant. Celui-ci a donc le choix entre collectionner les numéros papier ou s’abonner au site. Autre modèle plus Web 2.0, celui de Terre de Vins : un site dynamique avec un contenu différent de celui de la version papier, une page Facebook très active renvoyant vers son site et ouvrant le dialogue avec les internautes, qu’ils soient lecteurs du magazine ou pas. Ce modèle ouvert et gratuit est sans doute coûteux pour l’entreprise mais a assuré un démarrage rapide des ventes pour ce titre assez récent.

Aux USA, la presse vin et gastronomie est très largement en ligne depuis plusieurs années. Elle a adopté un modèle assez similaire à celui de Terre de Vins : un contenu différent sur le Web et sur papier, des vidéos, des entretiens, une page Facebook et un compte Twitter. Bref, un modèle ouvert et gratuit, à l’exception, bien sûr, du Wine Spectator. Remarquons à ce propos que Wine Spectator et la RVF ont le même modèle économique que leur permet peut-être (du moins pour l’instant) leur position de « leader » sur le créneau de la presse grand public du vin. Mais toute position est fragile car le passage au modèle payant a coûté beaucoup de lecteurs au Wine Spectator, tout comme il en a coûté récemment à Robert Parker sur son forum.

La difficile relation du payant et du gratuit pour la presse papier qui veut se digitaliser tout en rentabilisant son investissement est dépassée avec l’avènement de la presse digitale à 100%. Inuaguré aux USA, ce modèle vit entièrement de la publicité, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un contenu éditorial intéressant et de rétribuer ses auteurs. Une tentative un peu similaire vient d’être faite par le sommelier Emmanuel Delmas qui a créé une revue 100% digitale, Au Service du Vin, dont le premier numéro vient de paraître : élégant, bien écrit, gratuit et agréable à feuilleter, ce magazine est le premier en date, à ma connaissance, à être 100% digitalement français !

Je me dois d’être équitable et donc de mentionner quelques titres de la presse professionnelle également digitaux en France : infosbar.com qui, parfois, s’intéresse au vin mais se trouve plus spécialement intéressé par la culture des spiritueux et, bien sûr, vsnews.fr récemment lancé par le journaliste du vin spécialisé dans l’économie, Thomas Gueller.

Tendance en développement donc dans la presse française du vin et des spiritueux, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir. Tendance à suivre…

Sur un sujet proche...

  1. Conférence à l’EFAP sur la presse digitale
  2. Millésime en livre électronique
  3. Conférence Européenne des Blogueurs du Vin

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15 décembre 2010 à 5:47

{ 7 comments }

Antonin Iommi-A. 15 décembre 2010 à 5:24

Et le « journal » de Vindicateur, si je puis me permettre une seconde d’auto-satisfaction pure ! Bien sûr, ce n’est pas de la presse au sens où il n’y a pas de journaliste stricto sensu derrière le clavier, mais… les journalistes du vin n’existent pas vraiment (affirmation quelque peu polémique que je ne développerai pas ici, mais que j’affirme tout de même ;-)

Evelyne Resnick 15 décembre 2010 à 5:29

Mais si, Antonin, il faut développer cette idée. Tout, en effet, est dans la définition de « journaliste du vin »: est-ce un critique, un économiste, un historien, un commentateur ? Avez-vous une définition qui vous est propre de cette fonction ?

Et désolée d’avoir oublié Vindicateur. Vous savez que j’apprécie beaucoup votre site et vous avez raison d’en être fier !

Emmanuel Delmas 15 décembre 2010 à 6:30

Merci Evelyne pour cette petite mise en avant ! Très sympa.
« Au service du vin » fut une idée un peu folle née par hasard. Si le no 1 est sorti voilà quelques semaines, le no 2 vient de paraitre.

IL sera désormais plus collaboratif, et compte déjà 52 pages. D’autres contributeurs viennent nous rejoindre et tous les 10 du mois nous tenterons de tenir les délais afin de proposer un nouveau numéro.

Voici donc le lien du no 2, qui semble déjà un peu plus travaillé ;-)
http://www.madmagz.com/magazine/32393

Merci.

Emmanuel D

Lebaron 15 décembre 2010 à 7:04

Il me semble que vous n’avez pas parlé de Vitisphere. il y a une raison ?

Cordialement

Evelyne Resnick 15 décembre 2010 à 7:43

Bonjour Emmanuel. Il est toujours bien agréable de parler de bonnes idées. Merci de vos précisions sur le numéro 2 que je viens d’aller voir. Le travail collaboratif s’inscrit tout à fait dans l’esprit du Net et j’avoue avoir un faible pour ce type de démarche. A bientôt pour la suite de vos aventures…

Evelyne Resnick 15 décembre 2010 à 7:46

Bonjour, Olivier. Aucun ostracisme envers Vitisphère, au contraire qui est un site maintenant bien établi et à forte notoriété. Mon petit article s’intéresse plus précisément aux initiatives plus récentes chronologiquement. Toutefois, votre commentaire ouvre la voie à une réflexion intéressante sur l’histoire de la presse digitale du vin et une possible filiation avec les « nouveaux-nés ». Cela pourrait faite l’objet d’un autre article.

Antonin Iommi-A. 16 décembre 2010 à 11:16

Merci Evelyne, je vous renvois sur ce billet où je développe largement ce point de vue selon lequel il y a, selon moi, un problème essentiel à se prétendre « journaliste du vin », et quelques exemples de conflits d’intérêts, à mon sens, manifestes : http://www.vindicateur.fr/article.php?id=2117

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