Le négoce est l’une de ces activités un peu mystérieuses pour le commun des amateurs de vin. Mais sans négoce, il n’y aurait que peu de vins sur la place de Bordeaux ou en Bourgogne. Je ne reviendrai pas sur l’histoire du négoce en France : des historiens l’ont très bien fait et je vous laisse lire leurs oeuvres bien documentées*. Toutefois, il est bien agréable de constater que des maisons de négoce d’un nouveau style, résolument innovantes, se créent en France sous l’impulsion de propriétaires dynamiques et créatifs.
Au cours de mes pérégrinations dans les allées de Vinexpo, j’ai remarqué deux de ces nouvelles maisons de négoce. Clarence Dillon Wines, tout d’abord, est la maison de négoce créée en 2005 par Robert de Luxembourg, Président de Domaine Clarence Dillon, propriétaire de Château Haut-Brion et Château La Mission Haut-Brion. Encore un négoce de grands crus classés, allez-vous vous exclamer un peu contrariés ! Certes, mais pas n’importe quel négoce car, derrière l’image de luxe, il y a une véritable réflexion stratégique innovante et originale. Comment peut-on, quand on arrive sur un marché saturé et même quand on porte un des noms les plus prestigieux du vin, se faire une place dans un marché déjà saturé ? Tout simplement en créant des produits innovants. Au lieu de vendre des caisses de grands crus classés, Clarence Dillon Wines propose des coffrets thématiques de 6 bouteilles : des verticales d’un grand cru ou des horizontales d’une appellation, par exemple. Superbe idée qui m’a vraiment séduite : luxe et innovation font vraiment bon ménage dans ce négoce « nouveau style » et s’inscrivent tout à fait dans la trajectoire dynamique de ce grand nom du vin français.
C’est une idée également inattendue qui est à l’origine de la création de Grands Terroirs de France par trois propriétaires de Cahors, Philippe Lejeune de Château Chambert, Pascal Verhaeghe du château du Cèdre et le négociant Alain Janicot. Les trois hommes font partie des vignerons leaders de l’appellation et ont eu l’idée de regrouper leurs forces pour offrir une gamme de vins de terroirs à leurs deux principaux marchés cibles, les USA et la Chine. Pour cela, ils ont créé une segmentation à trois niveaux, allant de la grande distribution au « grand cru » (ou son équivalent). Les appellations qu’ils ont sélectionnées, outre Cahors, sont Listrac et Saint-Emilion. Leur but : produire « en volume de grands vins à forte identité et de qualité inégalée ». La gamme n’est pas encore complète mais les ventes ont commencé dès les premiers jours de Vinexpo, prouvant ainsi la validité de la démarche.
Grands crus dans un « packaging » nouveau ou vins de marque issus d’un terroir spécifique, ces négociants du 21ème siècle ont compris les attentes des consommateurs français et étrangers, lassés de la monotonie des mêmes stratégies et toujours sensibles à un nouveau concept. Inutile de vous dire que je vais suivre les évolutions de ces nouveaux négoces – des sites web sont attendus – et que j’espère bien les rencontrer sur les réseaux sociaux. Et je vous tiendrai au courant…
*Au cas improbable où ces éminents ouvrages auraient échappé à quelques distraits, qu’ils se procurent Bordeaux: vins et négoce par Bruno Boidron (2000) ou Les Négociants du vin en Bourgogne par Christophe Lucand (2011).
