Rarement, un déplacement dans une région française n’a été aussi agréable et enrichissant. Tout d’abord, j’ai eu le plaisir de passer la matinée et l’aprés-midi avec Caroline Lestimé du Domaine Jean-Noël Gagnard et Emmanuel Bourguignon à Chassagne-Montrachet. Comme d’habitude, Caroline m’a fait découvrir une petite partie de ce qui fait la richesse et la diversité de cette région. Découverte gastronomique, tout d’abord car Caroline est sans doute l’une de ces personnes qui sait le mieux marier vins et mets. Elle m’a donc entraînée chez Pierre et Jean, la brasserie despropriétaires du restaurant gastronomique de Chagny, Lameloise. Après ce moment convival où Emmanuel Bourguignon nous a raconté l’histoire de sa famille et expliqué comment les sols sont si importants pour la viticulture, nous sommes repartis pour explorer plusieurs parcelles deu vignoble de Caroline. Celle-ci gère maintenant le domaine depuis vingt ans et a très vite imprimé sa griffe sur les vins. Elle a aussi entrepris une réflexion sur la nature et la diversité de ses terroirs. Dès l’an 2000, elle a renoncé à l’emploi d’herbicides et a choisi la soin mécanique du sol, ce qui a entraîné de nombreux efforts humains et financiers. Aujourd’hui, elle va encore plus loin avec l’aide d’Emmanuel Bourguignon, le fils des célèbres Claude et Lydia Bourguignon puisque le Domaine passe en agriculture biologique. Certaines parcelles ont donc été semées de diverses graines pour en renouveler la richesse après l’arrachage de vieux ceps. Simultanément, le Domaine a renoncé à l’utilisation de produits chimiques et préfère les produits minéraux.
Après cet aprés-midi instructive, Caroline m’a entraînée dans une grande promenade en voiture à travers les principaux vignobles et villages de la côte chalonnaise : Puligny, Volnay, me signalant les jolies demeures et les parcelles célèbres. Quel voyage merveilleux jusqu’à Beaune!
Mais la journée était loin d’être terminée puisque les deux comparses de Bourgogne Live, François et Aurélien, m’avait invitée à les retrouver dans Les caves de L’Abbaye, où nous attendait Pascal Wagner, le dynamique et érudit propriétaire. Nous y étions rejoints par Laurent Gotti, rédacteur en chef adjoint de la revue Bourgogne Aujourd’hui et Marthe Henry, bloggeuse de l’Actu du Vin. Pascal Wagner nous a accueilis avec un superbe champagne non dosé Moutard. Un mot sur Pascal Wagner: sa cave avec une table d’hôtes est un endroit merveilleux, non seulement par son cachet médiéval mais aussi – et surtout – à cause de la gentillesse et de la générosité de Pascal. Il nous a invités pour partager non seulement des vins apportés par chacun (sauf moi, à cause de ces ridicules restrictions dans les avions mais ce n’est que partie remise!) mais aussi le repas délicieux et délicieusement frais qu’il nous a offert. Merci donc à Pascal dont l’hospitalité est inoubliable! Dans ce cadre historique, la conversation a, bien sûr, tourné autour du Web et du vin, du Web du vin et autres sujets technologiques. Cela ne nous a pas empêché de déguster un vin étonnant fait selon une recette de 910 (oui, oui, l’an 910), improbable résultat d’un assemblage de Pinot, Chardonnay et Gamay. J’avoue avoir beaucoup aimé. Sur une Cuvée des Pénitents, conjoitement élaborée par Geantet et Mellot, nous avons évoqué le livre de Laurent Gotti sur les Hospices de Beaune. Puis nous avons écouté Marthe me raconter son histoire. Et bien sûr, François et Aurélien nous ont tout dit sur BourgogneLive et leurs projets. Mais chut! c’est encore un secret.
De cette journée, certes longue, j’ai retenu surtout la richesse des amitiés nées sur le Web d’une même passion, celle du vin et de l’excellence. Le Web, souvent décrié pour ses défauts et ses limites, est aussi une formidable force pour réunir des hommes et des femmes partageant une même passion qui ne se seraient jamais rencontrés en d’autres circonstances. Cette soirée inoubliable n’est-elle pas la meilleure réponse à tous les esprits chagrins qui ne voient que le mauvais côtés d’un phénomène sociétal international ? A bon entendeur, salut!
100% Français, 100% indépendant, 100% innovant, 100% virtuel, 100% 3 D. De quoi s’agit-il? Du premier salon virtuel du vin et des spiritueux qui se tiendra du 21 au 27 juin 2010 sur le Web. Il s’appelle winefair.com. Ses deux fondateurs, Denis Lengaigne et Jean-Michel Kuzaj, financent le projet par eux-mêmes et envisagent une rentabilité du porjet à 5 ans. Folle aventure de deux passionnés ou confiance en l’innovation ?
J’opte pour la seconde hypothèse car l’esthétique du site est vraiment extraordinaire. Admirez l’entrée du salon :

N’est-ce pas dix fois plus beau que l’accueil de n’importe quel salon, y compris ceux ayant lieu dans des lieux prestigieux comme le Carrousel du Louvre ?
Les stands sont tout aussi beaux, qu’ils soient « traditionnels », « nature » ou « design ». Regardez le stand design – mon préféré:

Comment cela marche-t-il ? Eh bien, comme un salon « réel » : les visiteurs reçoivent leur badge, les vignerons louent un stand et peuvent y accueillir leurs prospects ou les amateurs. Le salon sera d’abord réservé aux professionnels pendant 5 jours, puis ouverts aux amateurs sur deux jours.
Le but de winefair.com est, en effet, de privilégier les échanges commerciaux entre exposants et distributeurs. Pour ce faire, winefair.com a prévu de nombreuses plate-formes interactives : prise de rendez-vous durant le salon, tchat, webcam, audioconférence, échange de cartes de visite, mise à dispositions de vidéos des exposants, des brochures, des descriptifs de vins et de domaines.
Internet n’a pas de frontières et donc le site est multilingue. Le salon peut accueillir les visiteurs et les exposants en français, anglais, allemand, espagnol, italien, chinois et japonais. De plus, son lancement est souteu par une campagne de communication et de marketing énergique menée par Henri Labarre que vous avez sans doute rencontré sur Facebook et Twitter : page Facebook, concours pour gagner une très grande bouteille, un blog très actif. Bref, une vraie stratégie pour soutenir une belle idée.
C’est une première mondiale et j’avoue être heureuse que, pour une fois, la France soit à la pointe de l’innovation grâce à deux jeunes entrepreneurs dynamiques. Je ne peux que vous encourager à vous inscrire pour visiter le salon ou pour y exposer si vous êtes vigneron. Je vous y retrouverai dans un tout petit mois pour découvrir des vins, écouter les conférences et me promener au milieu de ces superbes stands. En attendant ce moment, guettons tous ensemble le programme et la liste des exposants qui ne sauraient tarder à être publiés. Et je vous tiendrai au courant des nouveautés qui paraissent sur le site.
Les grandes régions viticoles françaises sont présentes sur le Net à travers leurs sites institutionnels ou ceux de leurs interprofessions. Mais qu’en est-il des initiatives privées de domaines ou d’individus ?
Au cours de mes « pérégrinations » sur Facebook, ma route a croisé celle de
deux professionnels bourguignons, François Desperriers et Aurélien Ibanez, créateurs de la page Bourgogne Live et du blog du même nom l’accompagnant. François et Aurélien sont deux professionnels de la photo et de l’écriture avec une passion pour le vin localisés à Beaune. A eux deux, ils forment une équipe dynamique, véritable caisse de résonnance de la Bourgogne. Rien ne leur échappe: ils ont « twitté » pendant la Saint-Vincent tournante à Chassagne-Montrachet, suivi le Festival du Film policier à Beaune et le semi-marathon de Nuits-Saint-Georges. Ils se font l’écho des grands événements virtuels tournant autour de la Bourgogne et de ses cépages-rois. Ainsi, le 6 mai prochain, le Net va bruisser de « tweets » et autres commentaires sur le Chardonnay puisque Rick Bakas, « community manager » de St Supéry dans la Napa Valley, organise un événement mondial sur ce cépage phare. Bien sûr, nos amis de Bourgogne Live s’en sont fait l’écho et ont même très brillamment mis des sous-titres en français à la vidéo ! Si vous aimez le Chardonnay, parlez de cet événement autour de vous, achetez une bouteille de votre Chardonnay préféré et participez !
Et quoi d’autre ? Les grandes maisons de négoce sont présentes sur le Net mais absentes des réseaux sociaux. En revanche, le BIVB, une page « Vins de Bourgogne/Burgundy wines » suscitent l’engouement sur Facebook. Des domaines privés, Meo-Camuzet, Caroline Lestimé du Domaine J.N. Gagnard, le domaine de Villaine, appartenant à Aubert de Villaine et son épouse, propriétaire du célébrissime La Romanée Conti, sont très présents sur le Net. Caroline Lestimé a même créé son blog en trois langues – français, anglais et allemand – pour maintenir ouvert les canaux de communication.

Comme François et Aurélien le remarquent très justement dans leurs réponses à mes questions, le BIVB fait un remarquable travail de promotion sur le Net pour les vins bourguignons. Beaucoup de professionnels sont présents sur Facebook, mais restent entre eux pour prolonger leurs discussions sans chercher à toucher les amateurs. Et c’est bien dommage! Car Facebook est un outil merveilleux pour atteindre cette communauté souvent insaisissable et mystérieuse pour les professionnels, ceux qui achètent leurs vins. En effet, les vignerons connaissent leurs importateurs, les cavistes, les restaurateurs, les sommeliers – bref, leurs interlocuteurs privilégiés et quelques prescripteurs. Mais quid de leurs consommateurs ? Il serait donc bon que les vignerons, très occupés, il est vrai, soient plus au contact et à l’écoute de leurs amateurs pour quelques mots en direct ou un contact privilégié.
Le Net, via Twitter et Facebbok, est le lieu le plus propice aux échanges « one-to-one », c’ets-à-dire, en bon français, à l’échange personnel entre le consommateur et le vigneron. Cela prend du temps, bien sûr mais fait boule de neigne : l’amateur heureux en parlera à ses amis du Net et d’ailleurs, créant ainsi un cercle d’acheteurs fidèles et motivés.
Et c’est pur bonheur pour l’amateur de vins de Bourgogne de rencontrer son vigneron préféré sur les réseaux sociaux ! Nous vous attendons !
Les réseaux sociaux fascinent actuellement le monde du vin. Toutefois, il est plus rare d’y voir des vignerons que des spécialistes du marketing et de la communication. Et c’est bien dommage car ce sont eux qui devraient y être pour nous présenter leurs vins, nous y parler de leurs problèmes, de leurs projets et, surtout, de leurs rêves.
C’est pourquoi quand des vignerons se mettent en scène avec talent, je suis absolument ravie. J’ai croisé dernièrement quelques vignerons qui ont investi la toile avec talent et passion. L »une des pionnières est Mélanie Tarlant dont le champagne pétille depuis longtemps sur son blog et maintenant sur sa page Facebook. Mélanie nous fait rêver avec de superbes photos de bulles en plein délire et nous fait partager ses émois gustatifs et artistiques. Nous ne pouvons que souhaiter qu’elle continue à nous faire sourire avec ses bulles.
Dans un tout autre registre, Ryan O’Connell, un Américain en Languedoc, a créé son blog, mi-français mi-anglais Love That Languedoc où il partage sa passion pour le Languedoc avec ses lecteurs et, espérons-le, ses clients. Parfaitement bilingue, il a présenté récemment à Vinisud une petite introduction à l’intention de ses amis vignerons sur les techniques de communiation sur Internet. Il est parti, en toute humilité, de son expérience personnelle et a amplement démontré qu’il n’est pas si difficile que cela d’être présent sur la Toile pour un vigneron. Le monde est à portée de clic avec un peu de bonne volonté et de persévérance. Découvrez la vidéo de présentation de Ryan. Vous y apprendrez beaucoup de choses sur ces mystérieux Facebook, Twitter et autres.
Enfin, lui aussi inspiré par son vignoble mais également par les stratégies américaines, Philippe Lejeune, récent propriétaire de Château de Chambert à Cahors, expose ses états d’âme, ses projets et ses actions sur son blog, sa page Facebook et Twitter.
Qu’est-ce que cela nous montre ? Grâce à leurs contacts, grâce à tous ces petits messages qui s’échangent entre « amis », des liens se créent, des amitiés se nouent, des affaires se font, des vins se vendent mieux. Non pas parce Mélanie, Ryan ou Philippe nous auront convaincus que leurs vins sont meilleurs, mais tout simplement parce que nous les avons croisés sur Facebook ou Twitter et que nous sommes curieux de leurs vins. Car derrière le vin, il y a un homme et une femme. C’est cette dimension humaine que, bizarrement, les réseaux sociaux redonnent au monde du vin: le nouveau consommateur va de l’homme à la bouteille car le vin est affaire de coeur et de convivialité.